Le changement climatique n’est plus une menace lointaine pour l’Afrique de l’Ouest. Il transforme déjà les vies et les paysages : montée des eaux, disparition des forêts, sécheresses prolongées, inondations dévastatrices, perte de biodiversité, pollution, insécurité alimentaire et déplacement de communautés qui ont le moins contribué à la crise.
Pourtant, alors que ces impacts traversent les frontières nationales, les réponses sont restées largement fragmentées. Dans toute la région ouest-africaine, les organisations de base, les défenseurs de l’environnement, les groupes de jeunes, les femmes, les agriculteurs, les communautés de pêcheurs et les peuples autochtones continuent de résister à la destruction de l’environnement, souvent de manière isolée, alors qu’ils affrontent le même modèle économique extractif.
Consciente de la nécessité d’une réponse collective plus forte, la Health of Mother Earth Foundation, HOMEF, a réuni à Abuja des militants de la justice climatique, des organisations de la société civile, des universitaires et des représentants communautaires du Burkina Faso, du Ghana, de Guinée, du Mali, du Nigeria, de Sierra Leone et du Togo pour la deuxième rencontre du Mouvement ouest-africain pour la justice climatique, placée sous le thème : « Bâtir la solidarité pour la justice climatique en Afrique de l’Ouest ».
Cette rencontre a été bien plus qu’une conférence climatique de plus. Elle a marqué la naissance d’un mouvement régional déterminé à s’attaquer aux causes structurelles de l’injustice climatique tout en portant une vision alternative ancrée dans l’intégrité écologique, les droits humains, les savoirs autochtones, le leadership communautaire et la souveraineté africaine.
Tout au long de la conférence, les participants ont remis en question les discours dominants sur l’action climatique, rejeté les « solutions » fondées sur le marché qui marchandisent la nature, et réaffirmé que le développement de l’Afrique ne peut reposer sur les mêmes systèmes extractifs responsables de la crise écologique actuelle.
La rencontre s’est conclue par un engagement collectif à établir de façon permanente le Mouvement ouest-africain pour la justice climatique, afin de renforcer la solidarité régionale, de coordonner le plaidoyer et d’amplifier la voix des communautés en première ligne dans les processus climatiques régionaux et mondiaux.
L’Afrique de l’Ouest en première ligne : pourquoi la solidarité compte
En accueillant les participants, le directeur exécutif de HOMEF, Nnimmo Bassey, a déclaré que la rencontre répondait à une lacune ancienne dans l’organisation régionale. S’il existe des mouvements pour la justice climatique à travers l’Afrique, a-t-il relevé, l’Afrique de l’Ouest n’a pas toujours été suffisamment représentée dans les espaces continentaux, bien qu’elle fasse face à nombre des mêmes défis environnementaux et sociaux.
« Notre thème, Bâtir la solidarité pour la justice climatique en Afrique de l’Ouest, dit précisément pourquoi nous sommes ici », a déclaré Bassey. « La solidarité est le souffle vital de tout mouvement. C’est elle qui nous permet de partager la douleur, de partager l’espoir, de partager les idées et de partager les responsabilités. Sans solidarité, les mouvements se fragmentent. Nous travaillons isolément, nous nous faisons une concurrence inutile et, au bout du compte, nous nous affaiblissons. Avec la solidarité, en revanche, nous découvrons notre force collective. »
Selon Bassey, une coopération régionale plus forte est indispensable, car les impacts climatiques ne connaissent pas les frontières nationales. Dans toute l’Afrique de l’Ouest, les communautés font face à des menaces similaires, de l’érosion côtière et de la montée du niveau de la mer aux inondations, à la désertification, à la pollution et aux industries extractives destructrices.
« La solidarité nourrit la résilience, a-t-il dit. Elle crée un soutien mutuel, encourage l’apprentissage partagé, renforce notre capacité à répondre aux crises et nous permet de développer des alternatives ancrées dans la diversité de nos expériences. »
Bassey a averti que le changement climatique transforme déjà les vies dans toute la région. Le long de la côte atlantique, des communautés entières disparaissent peu à peu à mesure que le niveau de la mer monte et que l’érosion côtière s’intensifie. Évoquant ses visites dans des communautés du delta du Niger, au Nigeria, il a décrit ses échanges avec des anciens qui montrent désormais la mer du doigt pour indiquer où se trouvaient autrefois des villages et des maisons familiales.
« Ce n’est pas du folklore. C’est la réalité du changement climatique qui agit sur un delta fragile, lequel s’affaisse naturellement. »
Il a mis en garde : selon les projections scientifiques, une élévation d’un mètre du niveau de la mer pourrait submerger de vastes portions du littoral ouest-africain, menaçant les communautés, les infrastructures, les moyens de subsistance et des écosystèmes fragiles.
Il a également critiqué un développement urbain non durable qui détruit les zones humides et obstrue les plaines inondables naturelles, redirigeant les eaux de crue vers les quartiers les plus pauvres et exposant des communautés déjà vulnérables à des risques accrus.
Bassey a contesté la tendance croissante à présenter les migrations induites par le climat comme une forme d’adaptation. Les personnes contraintes d’abandonner leurs foyers ancestraux à cause des inondations, de la sécheresse, de la désertification ou de la montée des eaux, a-t-il soutenu, ne s’adaptent pas : elles luttent pour leur survie.
« Si elles avaient le choix, elles préféreraient rester dans leurs communautés. »
Il a appelé à une meilleure reconnaissance et à une protection renforcée des personnes déplacées par les impacts climatiques, soulignant que les cadres internationaux existants ne traitent toujours pas de manière adéquate les déplacements induits par le climat.
Rejeter les fausses solutions climatiques
Tout en reconnaissant l’urgence de l’action climatique, Bassey a mis en garde contre les approches qui aggravent l’injustice au lieu de s’attaquer à ses causes profondes.
Il a critiqué la géo-ingénierie, les technologies de captage du carbone, les marchés du carbone, les compensations carbone et les projets de conservation mal gouvernés qui permettent aux grands émetteurs de continuer à polluer tout en faisant peser sur les communautés africaines le fardeau de la réduction des émissions.
Partout en Afrique, a-t-il dit, les forêts et les terres communautaires sont de plus en plus converties en actifs carbone dans le cadre de projets de compensation qui restreignent les moyens de subsistance locaux tout en permettant aux grands pollueurs d’ailleurs de continuer à émettre des gaz à effet de serre.
« Les forêts deviennent des actifs carbone. Les communautés deviennent des obstacles. La nature devient une marchandise de plus à échanger. » Pour Bassey, les marchés du carbone permettent simplement aux pollueurs historiques de poursuivre leurs activités comme si de rien n’était. « Les marchés du carbone permettent de plus en plus aux grands pollueurs de continuer à polluer tout en revendiquant une responsabilité climatique grâce à l’acquisition de forêts ailleurs. Ce n’est pas cela, la justice climatique. »
Il a exprimé des préoccupations similaires au sujet de la transition énergétique mondiale. Tout en jugeant nécessaire l’abandon des combustibles fossiles, Bassey a averti que remplacer l’extraction pétrolière par l’exploitation à grande échelle des minerais critiques, sans changer les systèmes d’exploitation, ne fait que reproduire d’anciennes injustices sous un nouveau nom. Pour lui, la justice climatique doit placer les communautés, et non les marchés, au centre de l’action climatique.
« Si la transition se contente de remplacer le pétrole par une autre forme d’extractivisme fondée sur les minerais dits critiques, sans changer les systèmes d’exploitation qui ont créé la crise actuelle, alors nous changeons simplement de combustible tout en conservant l’injustice. La justice climatique exige davantage que de remplacer une source d’extraction par une autre. Elle exige la justice pour les peuples, la justice pour les communautés et la justice pour la nature. »
Des luttes isolées à un mouvement régional
Bassey a exhorté les participants à dépasser les campagnes isolées et à bâtir un large mouvement régional capable d’affronter des défis communs. Il a appelé à une collaboration plus étroite entre les organisations environnementales, les syndicats de travailleurs, les groupes de femmes et de jeunes, les agriculteurs, les communautés de pêcheurs, les communautés religieuses, les chercheurs, les artistes et les détenteurs de savoirs autochtones.
« La justice environnementale ne peut pas être laissée aux seules organisations environnementales. Toute lutte liée à la justice a sa place dans ce mouvement. »
Il a également insisté sur l’éducation politique, à travers des écoles du climat, des dialogues communautaires et des programmes d’échange, pour renforcer la compréhension et l’action collectives. Il a en outre rappelé aux participants que la justice climatique ne se mesure pas aux conférences ou aux déclarations, mais à une action collective soutenue.
« La justice climatique n’est pas un événement. Ce n’est pas une conférence. Ce n’est pas une déclaration. C’est une pratique quotidienne de la solidarité. »
La rencontre d’Abuja, a-t-il dit, ne doit donc pas être considérée comme une fin en soi, mais comme le début d’un mouvement régional plus fort, engagé à défendre les communautés, les écosystèmes et les droits des générations futures.
Repenser la crise climatique et reconquérir l’avenir de l’Afrique
Si Nnimmo Bassey a posé les fondations d’un mouvement régional plus fort, la conférence inaugurale du Pr Youba Sokona, climatologue malien de renom, lui a fourni sa boussole politique, intellectuelle et historique.
Intervenant sur le thème « Justice climatique, souveraineté et lutte pour l’avenir de l’Afrique », Sokona a invité les participants à ne plus voir le changement climatique comme un simple problème environnemental appelant des solutions technologiques. Il a au contraire soutenu qu’il est le résultat de siècles de systèmes politiques, économiques et coloniaux qui ont fait passer le profit avant les personnes et la préservation des écosystèmes.
« La crise climatique n’est pas un accident. Ce n’est pas de la malchance. Ce n’est pas un acte de Dieu, a-t-il déclaré. C’est la conséquence connue d’avance, annoncée d’avance et délibérément tolérée d’un système qui a choisi le profit plutôt que les personnes, l’extraction plutôt que la préservation, et l’accumulation plutôt que la survie. »
Selon Sokona, les preuves scientifiques sont disponibles depuis des décennies, mais une action significative a sans cesse été retardée, car s’attaquer au changement climatique exigerait d’affronter des intérêts politiques et économiques bien ancrés.
« Les causes sont concentrées. Les responsabilités sont différenciées. Les solutions ne sont pas d’abord techniques : elles sont politiques, éthiques et structurelles. »
L’Afrique paie pour une crise qu’elle n’a pas créée
Sokona a fait observer que, bien que l’Afrique de l’Ouest ne contribue qu’à une infime fraction des émissions mondiales de gaz à effet de serre, elle subit une part disproportionnée des impacts climatiques. Dans toute la région, les sécheresses prolongées menacent l’agriculture, la montée du niveau de la mer engloutit les communautés côtières, les inondations détruisent les infrastructures, la désertification progresse au Sahel et l’insécurité alimentaire ne cesse de s’aggraver.
« Ce n’est pas un scénario futur, a-t-il affirmé. C’est la réalité présente de millions de personnes dans cette région, des personnes dont l’empreinte carbone n’est qu’une fraction de celle de ceux qui ont bâti le système en train de détruire leur monde. »
Pendant ce temps, a-t-il relevé, les entreprises des combustibles fossiles continuent d’enregistrer des profits colossaux, tandis que les gouvernements approuvent de nouveaux projets pétroliers et gaziers et que les institutions financières associent leurs engagements climatiques à de nouveaux investissements dans les hydrocarbures.
« La redevabilité est nulle. Les conséquences retombent ailleurs. »
L’héritage inachevé du colonialisme
Sokona a soutenu que comprendre la crise climatique actuelle exige de regarder en face l’histoire coloniale de l’Afrique. Avant la domination coloniale, de nombreuses sociétés africaines considéraient la terre, les forêts et les rivières comme un patrimoine commun reliant les générations passées, présentes et futures. Des philosophies comme l’Ubuntu, la Sankofa et l’ancien principe égyptien de Maât, a-t-il expliqué, traduisaient des relations fondées sur la préservation, la justice et l’équilibre écologique. Le colonialisme a cependant profondément altéré cette relation.
« Le colonialisme n’a pas seulement extrait des minerais et du travail. Il a extrait une relation. La terre est devenue propriété. Les forêts sont devenues du bois d’œuvre. Les rivières sont devenues des voies commerciales. Les communautés sont devenues des réserves de main-d’œuvre au service d’économies lointaines. »
Selon Sokona, la crise climatique actuelle est indissociable de cette histoire. « La crise climatique est, en partie, la facture écologique du colonialisme. Ce n’est pas nous qui avons contracté cette dette. Mais on nous demande de la payer. » Pour lui, reconnaître la responsabilité historique n’est pas une question de victimisation, mais de redevabilité. Le principe de responsabilité différenciée inscrit dans les accords internationaux sur le climat, a-t-il soutenu, reflète une réalité historique et doit rester au cœur de l’action climatique mondiale.
Sokona a insisté sur le fait que la justice climatique ne peut être dissociée des droits humains. Le droit à un climat sûr, a-t-il soutenu, est indissociable des droits à l’alimentation, à l’eau, à la santé, à la terre, aux moyens de subsistance et au développement.
« Lorsque les inondations déplacent des communautés dans le delta du Niger, c’est une violation des droits humains, a-t-il déclaré. Lorsque la sécheresse détruit les moyens de subsistance des agriculteurs sahéliens, c’est une violation des droits humains. » De même, il a décrit la disparition d’établissements côtiers sous l’effet de la montée des eaux comme des violations qui ne relèvent pas de la seule nature, mais de décisions politiques qui laissent la destruction de l’environnement se poursuivre sans contrôle. « Les responsables ne sont pas les tempêtes. Ce sont les entreprises qui ont choisi l’extraction plutôt que la responsabilité, et les gouvernements qui les ont laissées faire. »
Il a souligné que la justice climatique exige une redevabilité contraignante plutôt que des engagements volontaires des entreprises. Il a aussi mis en garde contre la ruée vers les minerais critiques nécessaires aux technologies des énergies renouvelables. Du cobalt et du lithium au nickel et aux terres rares, l’Afrique détient une grande partie des ressources qui alimentent la transition énergétique mondiale. Pourtant, a-t-il prévenu, sans un changement profond de gouvernance, le continent risque de reproduire le même modèle extractif qui a caractérisé les industries pétrolière, gazière et minière.
« L’Afrique fournit les matières premières. D’autres en fabriquent la valeur. Les communautés accueillent la destruction et subissent les déplacements. Une transition qui reproduit l’extraction coloniale n’est pas une transition juste. C’est un simple changement d’étiquette. »
Souveraineté énergétique et avenir régional commun
Tout en critiquant vivement l’architecture climatique mondiale actuelle, Sokona a également esquissé une vision alternative ancrée dans la souveraineté énergétique. Alors que plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une électricité fiable malgré d’abondantes ressources en énergies renouvelables, il a soutenu que le défi de l’Afrique n’est pas la rareté des ressources, mais des décennies de systèmes énergétiques conçus pour l’exportation plutôt que pour le développement national.
« La souveraineté énergétique n’est pas un luxe à envisager après le développement. C’est la condition du développement. »
Il a appelé les gouvernements africains à préserver la marge de manœuvre politique nécessaire pour investir dans les énergies renouvelables, renforcer la production locale, promouvoir le transfert de technologies et bâtir des industries capables de soutenir une transition juste.
Mais aucun pays, a-t-il averti, ne peut y parvenir seul. Il a exhorté le Mouvement ouest-africain pour la justice climatique naissant à devenir plus qu’un réseau d’organisations en se dotant d’un programme régional commun capable d’influencer la CEDEAO, l’Union africaine et les négociations climatiques mondiales.
Ce programme, a-t-il précisé, devrait exiger un financement climatique contraignant, la fin du colonialisme carbone, des droits communautaires renforcés, une gouvernance équitable des minerais, le transfert de technologies et une indemnisation réelle des pertes et préjudices liés au climat.
« Nous ne demandons pas une place à la table où d’autres décident de notre sort. Nous construisons notre propre table, et nous invitons le monde à s’y asseoir selon nos conditions. »
Pour Sokona, la justice climatique consiste en définitive à rétablir l’équité entre les nations, entre les générations et entre l’humanité et la nature.
« L’Afrique ne rejette pas la responsabilité environnementale. L’Afrique la pratique depuis des millénaires. Ce que l’Afrique rejette, c’est qu’on lui demande d’assumer une responsabilité créée par d’autres, tout en lui refusant les droits au développement et la marge de manœuvre politique nécessaires pour bâtir l’avenir que méritent ses peuples. »
Une région, des défis communs : vers un mouvement régional uni
L’urgence de la conférence inaugurale du Pr Youba Sokona a trouvé écho lors d’un panel conjoint consacré au thème « Relier les luttes : mettre en lumière les initiatives régionales pour la justice climatique », animé par Jaiye Gaskia et Kwami Kpondzo. Des représentants du Burkina Faso, du Ghana, de Guinée, du Mali, du Nigeria, de Sierra Leone et du Togo ont présenté des rapports nationaux révélant une réalité commune : si les frontières politiques divisent la région, les Ouest-Africains font face aux mêmes crises climatiques et écologiques.
De l’exploitation minière, de la pollution et de la déforestation à l’érosion côtière, aux inondations, à la sécheresse et aux déplacements, les délégués ont convenu que les impacts climatiques et les industries extractives compromettent les moyens de subsistance, la biodiversité et les droits des communautés dans toute la région.
Présentant le rapport de la Sierra Leone, Esther Kandeh a décrit des décennies d’exploitation intensive du diamant qui ont laissé de profondes cicatrices écologiques sans apporter le moindre bénéfice aux communautés locales. L’exploitation minière, a-t-elle expliqué, se poursuit depuis les années 1930, laissant des fosses abandonnées qui sont régulièrement rouvertes. De nombreux habitants se livrent désormais à l’exploitation minière informelle simplement pour obtenir une part des ressources dont ils sont exclus depuis longtemps.
« Les activités minières ont affecté la vie des populations locales et ont aggravé la crise écologique dans le pays », a-t-elle déclaré.
Pour le Ghana, Noble Wadzah a mis en avant de graves inondations et une pollution généralisée des cours d’eau et des sources alimentaires, causées par l’exploitation minière anarchique et d’autres activités extractives.
Représentant le Togo, Kwami Kpondzo a cité la sécheresse, les inondations et l’érosion côtière comme des menaces majeures, tout en soulignant l’engagement en cours auprès des communautés de pêcheurs et des communautés touchées par le climat, à travers des campagnes de sensibilisation et des formations communautaires soutenues par HOMEF.
Le représentant du Nigeria, Tijah Bolton Akpan, a averti que la course du pays aux minerais critiques, présentée comme une stratégie de diversification économique, risque de reproduire les erreurs de l’industrie pétrolière. Il a relevé que de nombreux projets miniers continuent d’ignorer les droits humains, les droits des travailleurs et le principe du consentement libre, préalable et éclairé (CLPE) des communautés d’accueil.
Pour la Guinée, Sia Anne Marie a indiqué que des saisons sèches prolongées, la baisse des précipitations, l’érosion côtière, les inondations et une déforestation généralisée menacent de plus en plus l’agriculture et la production alimentaire.
Elle a révélé que plus de 130 000 personnes ont été touchées par l’évolution des régimes météorologiques depuis 2023, tandis que l’orpaillage continue d’exposer les femmes et les enfants à de graves risques environnementaux et sanitaires. Pour renforcer la résilience, a-t-elle indiqué, HOMEF et ses partenaires promeuvent l’agroécologie comme alternative durable.
Ali Tapsoba, du Burkina Faso, a relié la déforestation et la perte de biodiversité à l’insécurité et au déplacement des communautés, soulignant que son groupe promeut l’agroécologie, milite pour des plantations d’arbres à grande échelle et plaide pour un contrôle national accru des industries extractives. « Cette conférence est un signal d’alarme. Commençons à bâtir un grand mouvement qui reconstruira notre continent et préservera notre biodiversité. »
Représentant le Mali, Issa Gundo a décrit une pollution généralisée liée à l’exploitation aurifère et au secteur émergent du lithium dans le pays, ainsi que l’insécurité qui touche les communautés locales en raison de la situation politique du pays. « L’Afrique doit gérer ses ressources sans influence extérieure », a-t-il déclaré, se disant confiant que la rencontre d’Abuja renforcerait la mobilisation à la base dans toute la région.
Si les présentations reflétaient des contextes nationaux différents, elles convergeaient vers une même conclusion : en Afrique de l’Ouest, l’injustice climatique est profondément liée à l’extractivisme, à une gouvernance environnementale défaillante, à l’insécurité foncière et à des systèmes économiques mondiaux inégalitaires.
Du dialogue à l’action collective
La conférence s’est achevée par l’adoption d’un communiqué historique qui établit officiellement le Mouvement ouest-africain pour la justice climatique en tant que plateforme permanente, centrée sur les peuples, dédiée à la solidarité régionale, au plaidoyer coordonné, à la recherche et au partage des connaissances.
Les participants ont réaffirmé que, si l’Afrique de l’Ouest contribue très peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, elle supporte une charge disproportionnée des impacts climatiques. Ils se sont inquiétés des marchés du carbone, de l’accaparement des terres et des forêts, de la géo-ingénierie et des projets de transition verte mal gouvernés, avertissant que ceux-ci menacent souvent la biodiversité, déplacent des communautés et sapent une véritable action climatique.
Le communiqué a également affirmé que la justice climatique est indissociable des droits humains, notamment les droits à l’alimentation, à l’eau, à la santé, à la terre, aux moyens de subsistance, au développement et à un environnement propre, sain et durable.
Parmi les principales résolutions adoptées figurent les engagements à renforcer la solidarité régionale, à promouvoir une gouvernance climatique fondée sur les droits, à rejeter les marchés du carbone néfastes et les autres fausses solutions climatiques, à soutenir les énergies renouvelables et l’agroécologie portées par les communautés, à exiger un financement climatique adéquat et le transfert de technologies, à faire respecter le principe du pollueur-payeur et le consentement libre, préalable et éclairé (CLPE), à protéger les défenseurs de l’environnement, et à instituer une campagne annuelle ouest-africaine de plantation d’arbres, symbole de restauration écologique et d’action collective.
Un nouveau chapitre pour la justice climatique en Afrique de l’Ouest
La 2e rencontre du WACMO s’est achevée sur une conviction partagée : la justice climatique ne peut être atteinte par des campagnes nationales isolées. Elle exige un mouvement régional uni, capable de combattre l’extractivisme, de résister aux fausses solutions climatiques et de promouvoir des voies de développement ancrées dans la justice, l’équité et l’intégrité écologique.
Pour HOMEF et ses partenaires, le Mouvement ouest-africain pour la justice climatique est plus qu’un réseau. C’est un effort de long terme pour relier les luttes par-delà les frontières, renforcer les communautés en première ligne et faire en sorte que la réponse de l’Afrique à la crise climatique soit façonnée par ses propres peuples, ses savoirs et ses aspirations.
Comme le Pr Youba Sokona l’a rappelé aux participants dans son discours de clôture : « L’Afrique ne demande pas d’exemption. Elle demande l’équité. »
Cette exigence d’équité, fondée sur la solidarité, la redevabilité et les droits des communautés, constitue désormais le socle d’un mouvement régional grandissant, déterminé à redéfinir l’agenda de la justice climatique en Afrique de l’Ouest.
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